
Tous vertueux ! Jean Marie PERETTI
Editions d'Organisation, 2010, 285 pp.Patricia DAVID
Enseignant-chercheur ESDES
Responsable Pôle Sciences Humaines et Sociales
Jean-Marie Peretti, professeur à l'Essec et à l'IAE de Corse s'inscrit dans le parcours éditorial qu'il a engagé dès 1994 avec son ouvrage Tous DRH. Par la suite ont paru sous sa direction : Tous reconnus, en 2006, Tous différents, en 2007 et Tous talentueux, en 2009.
Dans ce nouvel ouvrage Tous vertueux J. M. Peretti a réuni des contributions et témoignages de dirigeants d'entreprises et d'enseignants, autour d'une préoccupation qui pourrait sembler un peu désuète dans l'entreprise du XXIe siècle : la vertu. La notion de la vertu serait pour l'auteur en train de retrouver une nouvelle légitimité dans le management des entreprises, avec les notions telles que la Responsabilité Sociale de l'Entreprise, (RSE), Business Ethic ou Investissement Socialement Responsable (ISR).
Dans les trente chapitres qui constituent l'ouvrage, entre six et dix pages chacun, rédigés par des binômes ou des trinômes d'auteurs, J.M.Peretti nous invite à nous interroger, à partir des regards croisés des professionnels et des universitaires, sur les approches et les définitions des vertus au sein des entreprises, la diversité des comportements vertueux, les modalités et les exemples des entreprises pour enfin élargir le champ de témoignage à ce que l'un des auteurs appelle « la mondialisation vertueuse ».
Pour Jean-Marie Peretti, la mise en place des comportements vertueux à tous les niveaux de l'entreprise constituerait un véritable défi dans le contexte de la crise actuelle. Il rappelle, à travers des exemples chiffrés français et étrangers, que la crise a démontré que « l'éthique est rentable ». A contrario, il démontre que c'est lorsque « le combien prime sur le comment » que l'entreprise et son environnement sociétal tout entier sont mis en danger à court ou moyen terme.
L'auteur attire notre attention sur les pratiques de la gestion des ressources humaines qui favorisent les comportements vertueux, notamment à travers les politiques de rémunération, liées aux fortes attentes d'équité et de reconnaissance.
La plupart des contributeurs de l'ouvrage mettent en avant la spécificité de l'environnement de l'entreprise, durablement déterminée par la crise. Elle constitue une véritable rupture avec l'état du monde préexistant et nécessite la mobilisation de stratégies et solutions entièrement innovantes.
Spécificité de la « crise actuelle »
Selon les auteurs, la crise financière devrait être appréhendée comme un signal fort, un parmi de multiples feux rouges qui annoncerait la fin d'un monde ancré dans ses certitudes et dans l'idéologie du progrès en marche, qui capitalisait pendant des décennies sur les acquis préexistants.
Le monde des certitudes est révolu, le monde et les entreprises se réveillent. C'est ainsi que la crise de subprimes que F. Bournois et L. Prud'homme appellent « la crise dans la crise » pourrait être comparée à la « killer wawe », une vague tueuse qui balaie tout sur son passage (Messier, 2009). Nous devons intérioriser le fait que nous nous trouvons durablement dans un environnement bouleversé, à la recherche d'un nouvel ordre, l'ordre qui pourrait, qui devrait être basé sur la vertu, sur « la virtù ».
C'est ainsi que certains auteurs se sont tournés vers le passé, que l'on a tendance à oublier, vers l'histoire qui a déjà connu des bouleversements, avec par exemple la période de la Renaissance et Machiavel pour lequel « plutôt que de se laisser mener par la contingence des circonstances, la virtù se confond avec la force du caractère, entendue comme une grande énergie mise au service d'une grande ambition. La crise, (le destin, fortuna) montre surtout son pouvoir là où aucune résistance n'est préparée ».
Dans le contexte de la crise actuelle, les managers et responsables des organisations sont confrontés non seulement à la nécessité de faire un choix, de décider et d'assumer des responsabilités, mais également au fait de sa durée.
L'incertitude sur la sortie éventuelle de la crise a affaibli la confiance des publics et renforcé le sentiment de la crainte de l'avenir. « Une crainte qui se nourrit et qui domine face à la marchandisation proliférante, aux dérégulations économiques, au réchauffement de la planète, à la précarisation du travail, au chômage, au déchainement technoscientifique dont les effets sont autant porteurs de promesses que de périls. » (Lipovetsky, 2004).
L'absence d'un discours clair et la multiplication des messages contradictoires ont contribué à ce résultat. Alors, la vertu serait-elle en train de devenir LA solution managériale ?
Peut-on certifier la vertu ?
Dans la mesure où J-M. Peretti a proposé « la vertu » comme un nouvel outil de gestion, nous pourrions nous demander avec J. Igalens et A. Pajolec dans quelle mesure on pourrait « certifier la vertu ».
Les auteurs mettent l'accent sur deux dimensions de la vertu : la première concerne la dimension individuelle de l'action vertueuse de chaque individu, à tous les niveaux hiérarchiques de l'entreprise ; la deuxième pourrait être appréhendée comme « composante majeure du management responsable », à la suite de Balthazar Gracian qui dès le 17e siècle énonçait : « La renommée se travaille, le désir de réputation naît de la vertu ».
Cet ouvrage est intéressant à plusieurs niveaux. Il met en évidence un concept qui pourrait sembler « ésotérique », situé en dehors de la sphère de préoccupations des managers d'aujourd'hui et de demain. En réalité, il pose la question déterminante du sens des pratiques managériales ainsi que de la progression responsable des entreprises.
L'ouvrage met en évidence la multiplicité et la complexité des approches entrant dans le champ de la vertu au service du management. Enfin, le lecteur peut « butiner » des informations en fonction de ses préoccupations du moment, en fonction des buts recherchés, depuis la réflexion conceptualisée, jusqu'aux approches pragmatiques.